The Empty House


Nocturne VIII
novembre 29, 2007, 11:23
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Chaque jour je franchis le seuil de cet appartement, et je sais déjà qu’à peine un pied posé sur le sol, les robots sortiront de la torpeur dans laquelle mon absence les plonge apparemment. Leurs odieux petits corps s’illumineront et par quelques tours de chien savant, ils chercheront à me distraire avec leur maladresse de machine, leur stupidité.
Je m’assois chaque fois sur le même fauteuil, sur de faire face à un cadre, qui aligne fièrement mes décorations militaires. J’ai essaye de m’en débarasser une dizaine de fois, sans succès : le robot qui tire les déchets reconnaît les métaux rares, et croyant a une méprise, il s’assure que les rubans désuets retrouvent leur place au plus vite. Il me semble presque, des fois, voir un sourire sardonique se dessiner sur le rectangle incolore qui lui sert de visage.
Je décidai de m’allonger ce soir là, l’esprit encore amolli par l’Arche, revoyant les yeux fermés la lumière et les couleurs qui s’enchevêtrent. Doucement le rêve prit racine, s’étendit dans mon esprit, flamboyant. Je me vis courant dans les forets des origines, saisissant à mains pleines les fleurs et les fruits. Des paysages inconnus mais magnifiques se détachaient au loin, et je sentais battre en moi l’ardeur de la jeunesse. Je m’en abreuvais, à des ruisseaux cristallins et chaque arbre, chaque plante vibrait et débordait d’énergie pure. Mon pouls s’accélérait, s’accélérait sans limite…
Le coeur au bord des lèvres, et si près d’accéder enfin au mystère, je rouvris les yeux. La sensation de soif était devenue insupportable. Je me servis un verre, que j’avalais d’un trait sans même en sentir le goût, puis m’en versais difficilement un deuxième. Mes mains tremblaient et pris de vertige, comme vide de mon sang, je sentis tout a coup que j’allais mourir à l’instant.
Je paniquai, cherchai à faire un mouvement, mais mes muscles ne répondaient plus et la sensation s’amplifiait jusqu’à l’horreur, le noir se faisait devant mes yeux, la chaleur me quittait. Puis lentement, la lumière revint, par touches, les couleurs et les sons. L’appartement.
Une musique familière retentit, que je me souvins ne pas avoir entendu depuis longtemps. C’était un avertissement de sécurité, une personne souhaitait me rendre visite. Je titubai jusqu’à l’écran, peu pressé de savoir. Son nom s’afficha en grosses lettres noires sur blanc : ANDREA CRELLIUS. Elle était revenue.

Global Groove, Nam June Paik, 1973